La colère qui monte aujourd’hui dans le monde agricole n’est ni marginale ni passagère. Elle s’inscrit dans un mouvement plus profond, plus large, qui traverse l’ensemble du pays : celui des travailleurs producteurs de richesses, qu’ils soient ouvriers, paysans, agents publics ou salariés des services. Ce que vivent les éleveurs confrontés à des décisions autoritaires, technocratiques et déshumanisées n’est que l’un des visages d’un même système de domination qui écrase méthodiquement toutes les composantes du monde du travail.
Dans les campagnes comme dans les usines, dans les hôpitaux comme dans les écoles, le même constat s’impose : les décisions essentielles sont prises loin des intéressés, hors de tout contrôle populaire, sous la tutelle directe des institutions européennes et des marchés capitalistes. Les gouvernements successifs ne gouvernent plus ; ils exécutent. Ils appliquent des cadres budgétaires, sanitaires, industriels et agricoles définis ailleurs, contre les besoins du pays et contre la volonté de celles et ceux qui le font vivre.
Le monde agricole en fait l’expérience de manière particulièrement brutale. Derrière les discours lénifiants sur la « transition », la « modernisation » ou la « compétitivité », se cache une réalité implacable : disparition des petites et moyennes exploitations, endettement chronique, pression constante de l’agro-industrie et de la grande distribution, normes imposées sans concertation réelle, concurrence déloyale organisée par les traités de libre-échange. La Politique agricole commune, loin de protéger les paysans, organise leur mise en concurrence et leur dépendance, au profit des grands groupes et des marchés financiers.
Mais cette violence sociale n’est pas propre à l’agriculture. Elle frappe avec la même logique les travailleurs de l’industrie, confrontés aux délocalisations, à la casse de l’outil productif et à la précarisation généralisée. Elle frappe les agents de la fonction publique, sommés de « faire toujours plus avec toujours moins », pendant que leurs missions essentielles sont sacrifiées sur l’autel de l’austérité européenne. Elle frappe les salariés du commerce, des transports, de l’énergie, soumis à une exploitation accrue tandis que les profits remontent vers les mêmes actionnaires.
Face à cette offensive globale du capitalisme européen, la division des luttes est une impasse mortelle. Tant que les colères restent sectorisées, tant que les paysans se battent seuls, que les ouvriers luttent usine par usine, que les agents publics défendent isolément leurs services, le pouvoir peut temporiser, réprimer, user et finalement vaincre. Cette fragmentation n’est pas un accident : elle est organisée, entretenue, parfois même cautionnée par des directions syndicales et professionnelles intégrées au système européen, qui refusent de poser la question centrale du pouvoir politique et de la souveraineté nationale.
Car le verrou principal est désormais clairement identifié : c’est l’Union européenne, avec ses traités, ses directives, son euro et son arrimage à l’OTAN. Tant que ce carcan restera en place, aucune politique réellement favorable aux travailleurs, aux paysans et aux services publics ne sera possible. Il n’y aura ni politique agricole protectrice, ni réindustrialisation, ni reconstruction des services publics, ni paix durable, tant que les choix budgétaires, économiques et stratégiques seront dictés par Bruxelles, Francfort et Washington.
C’est pourquoi la convergence des luttes ne peut être seulement sociale : elle doit être politique. Elle doit se structurer autour d’un objectif clair, assumé et mobilisateur : un Frexit progressiste, conçu non comme un repli, mais comme une libération. Une rupture démocratique permettant de reprendre le contrôle de la politique budgétaire, de protéger la production nationale, de garantir des revenus décents aux producteurs agricoles, de reconstruire un État social au service de l’intérêt général, et de sortir de la logique guerrière imposée par l’axe UE-OTAN.

Cette perspective implique une alliance consciente et organisée des bases combatives du monde du travail. Ouvriers et paysans, agents publics et salariés du privé n’ont pas des intérêts opposés : ils ont un adversaire commun. Leur unité est la condition de toute victoire. Elle s’enracine dans une histoire longue, celle des grandes conquêtes sociales arrachées lorsque le peuple travailleur sut se rassembler autour d’un projet de transformation radicale, patriotique et populaire.Il ne s’agit pas de nostalgie, mais de lucidité stratégique. La France ne se relèvera pas par des aménagements à la marge d’un système conçu pour l’écraser. Elle ne retrouvera ni justice sociale, ni souveraineté alimentaire, ni services publics dignes de ce nom sans rompre avec l’ordre européen du capital. C’est en redonnant la parole et le pouvoir aux travailleurs des villes et des campagnes, unis dans un même combat, que pourra s’ouvrir la voie d’une France indépendante, sociale, pacifique et fidèle aux intérêts de sa majorité laborieuse.
Le choix est désormais clair : la division mène à la défaite ; l’unité consciente autour du Frexit progressiste peut ouvrir la voie à la victoire.












Prolétaires de tous les pays, unissez-vous