
Trois mois après les élections législatives colombiennes, le premier tour de la présidentielle confirme à la fois la solidité du camp populaire et les dangers qui pèsent sur lui. Le Pacto Histórico, coalition progressiste soutenant le président Gustavo Petro, s’était alors imposé comme la première force politique au Congrès, confirmant une dynamique populaire et patriotique réelle dans un pays longtemps dominé par la droite oligarchique, l’armée, les paramilitaires et l’influence américaine[1].
Cette dynamique n’a pas disparu, mais elle sort affaiblie du premier tour. Iván Cepeda arrive deuxième avec 40,9 % des voix, derrière Abelardo de la Espriella, candidat d’extrême droite, arrivé en tête avec 43,7 % des suffrages. L’écart reste limité, mais le rapport de force est défavorable à la gauche. De la Espriella bénéficie désormais des réserves de voix de la droite traditionnelle, tandis que Cepeda devra élargir au-delà du seul camp progressiste pour espérer l’emporter au second tour.
Le second tour du 21 juin opposera donc deux orientations nettement opposées. Cepeda s’inscrit dans la continuité du gouvernement Petro, qui a tenté de prolonger l’accord de paix de 2016 avec les FARC par une politique de négociation avec les groupes armés encore actifs dans le pays. Cette ligne reste associée à la défense des droits sociaux et à la volonté d’une Colombie moins alignée sur Washington. Face à lui, De la Espriella défend une rupture réactionnaire. Son discours sécuritaire, son admiration affichée pour Trump et Bukele et sa promesse d’écraser par la force les groupes armés visent à refermer la parenthèse progressiste ouverte par Petro.
La Colombie n’échappe donc pas au mouvement plus large qui traverse l’Amérique latine. Après plusieurs années de poussée progressiste, les droites les plus dures reprennent l’initiative en exploitant l’insécurité, la fatigue sociale et les limites des gouvernements qui n’ont pas rompu avec les structures de domination oligarchique et impérialiste. Le 21 juin dira si la brèche ouverte par le Pacto Histórico peut encore être défendue, ou si l’oligarchie colombienne parvient, derrière le masque de l’ordre, à reprendre le pouvoir politique qu’elle n’a jamais réellement cessé d’exercer.
[1] Voir Jeunesse du Monde, « Colombie : le Pacto Histórico confirme la dynamique populaire et patriotique », 9 mars 2026.












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