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Les aventures de François Ruffin député-racis…reporter !

par | Mai 21, 2026 | Histoire, Mémoire et Culture | 2 commentaires

Les noirs ne paient pas leur billet de train, les musulmanes sont hystériques, les soudanais ne respectent pas les femmes, mais pas de panique ! Ruffin est là pour rééduquer et sauver tout ce beau monde !

Qui est François Ruffin ?

Journaliste de formation, réalisateur du documentaire Merci Patron ! puis député de la Somme depuis 2017, François Ruffin, longtemps associé à la France Insoumise, s’en éloigne en insistant sur la nécessité de reconnecter la gauche avec les ouvriers, les employés et les territoires ruraux ou périurbains. Il exprime pour cela aussi une volonté de réunir « la France des tours et La France des bourgs », désignant par là les classes populaires de banlieues urbaines, de cités HLM et des quartiers populaires des grandes métropoles d’un côté, souvent issues de l’immigration, et de l’autre les classes populaires rurales, des petites villes de province.

En 2025, il lance son mouvement politique Debout !, issu de son ancien micro-parti « Picardie Debout ! », dont le manifeste se distingue par l’absence totale de toute mention concernant le racisme ou même l’impérialisme, illustrant assez bien la technique de l’autruche sur laquelle compte Ruffin pour réunir ces deux Frances dont il parle sans cesse.

Synopsis de la BD

« Les aventures de François Ruffin député-reporteur » suit Ruffin dans une série d’événements décousus tirés de son quotidien. Pour le citer : « Avec ces bouts de récit, ces morceaux de vie, j’essaie de comprendre ma France. Mes Frances, plutôt, fracturées, et qu’il faut réparer. Alors, à travers les pages, des fils se tissent, s’éloignent et se rejoignent. La France qu’on ne veut pas. Mais aussi, comme le dit une maman à un cours de hip-hop : « La France qu’on veut, la France qu’on a, la France qu’ils ne nous enlèveront pas. » Il faut donc bien comprendre ici ce que présente Ruffin : c’est l’image qu’il se fait de la France, mais aussi comment il se voit « réparer » cette France fracturée. On ne lui fait aucun procès d’intention en disant cela, puisqu’il revendique lui-même que cette BD représente fidèlement son projet politique en tant que candidat aux présidentielles. Si l’on accepte que cette BD est une extension du manifeste de son parti Debout !, on peut maintenant l’analyser de plus près à la lumière de quelques extraits.

Les noirs et les arabes d’un côté, le bon fonctionnement de la France de l’autre !

Une des premières scènes montre une femme noire (aux traits allègrement caricaturés) n’ayant pas payé le montant correct pour son billet de train (car c’est bien connu, les femmes noires ne paient pas les transports, voyez-vous). Celle-ci se fait verbaliser et menacer ; on lui jette le reçu de paiement à la figure et un des agents de la SNCF ne cesse de la tutoyer : « T’es pas en règle », « t’as de la chance monsieur paie pour toi » ; en donnant ensuite du « vous » au personnage de Ruffin.

Hors contexte de familiarité et plus particulièrement en situation conflictuelle comme celle dépeinte dans la BD, le tutoiement place l’interlocuteur dans une position d’infériorité, comme un enfant ou un être dont on ne reconnaît pas la pleine capacité de raisonnement. Nous citerons ici un passage de Peau Noire, Masque Blanc de Frantz Fanon sur la question du langage : « Un Blanc s’adressant à un Noir se comporte exactement comme un adulte avec un enfant », suivi de l’analyse suivante : « Les médecins des salles de consultation le savent. Vingt malades européens se succèdent : ≪ Asseyez-vous, monsieur… Pourquoi venez-vous ?… De quoi souffrez-vous ?… ≫ Arrive un noir ou un Arabe : ≪ Assieds-toi, mon brave… Qu’est-ce que tu as ?… Ou as-tu mal ? ≫  Quand ce n’est pas : ≪ Quoi toi y en a ?… ≫ »

Ruffin est donc bien témoin d’une scène de racisme banalisé, qu’il reconnaît lui-même puisqu’il fait intervenir une autre personne racisée dans le wagon, un homme maghrébin qui s’insurge de l’injustice dont il est témoin (puis victime à son tour). Ruffin sous-entend donc que cet homme est capable de reconnaitre ce genre de racisme banalisé, de s’identifier à la femme agressée, d’avoir de l’empathie pour elle et d’intervenir pour la défendre (des choses que Ruffin semble apparemment incapable de faire). Ruffin admet ainsi, peut-être inconsciemment, le caractère raciste de l’interaction et fait le choix délibéré de la neutralité face à l’injustice. Il se plaint même que cette interaction « retarde le départ du train » en bon « député-reporteur » très occupé qui ne souhaite que le développement de la France, développement apparemment freiné par les revendications incessantes des arabes et des noirs qui ne veulent pas s’écraser face à l’autorité incarnée par les « forces de l’ordre » qui, elles, n’ont d’autre tort que de faire le travail un peu maladroitement…

Planche extraite de la BD de Ruffin

Dans tout cela, la solution proposée par Ruffin, qui, rappelons-le, illustre ici son projet politique de candidat à la présidentielle, est de « payer l’amende » pour que le train puisse repartir. Le problème du racisme des forces de l’ordre est mis sous le tapis puisqu’il dérange la « France des bourgs » et l’empêche de vaquer à ses occupations. Ruffin met donc fin à l’incident en réprimandant tous les partis (quel seigneur juste et bon !), et le train repart grâce à son intervention « neutre et nuancée », qui n’est en réalité rien d’autre qu’une défense acharnée du status quo tant que la lutte bousculera le quotidien du très pressé papa-député-reporteur et de ses semblables (en effet, il se plaindra dans plusieurs de ses planches de sa quantité astronomique de travail qu’il tente de caler entre deux cours de danse de sa fifille).

La paranoïa des très agressives femmes voilées

Dans une autre histoire de la BD de Ruffin, des femmes voilées se voient refuser le service dans un restaurant/café en présence de leurs enfants. Elles décident alors de se plaindre auprès des autorités pour dénoncer une discrimination islamophobe. Ruffin, très sceptique face à l’idée que des femmes voilées puissent être victimes d’islamophobie, décide d’en avoir le cœur net en invitant le patron du café à une confrontation avec ces femmes. Présomption d’innocence, attention. Durant la mise en scène, ledit patron nie le caractère islamophobe de son refus (pour information, le racisme et l’islamophobie sont des délits punis par la loi, on voit mal comment le patron aurait pu reconnaitre publiquement et devant ses victimes le caractère raciste ou islamophobe de son comportement). Il invoque divers prétextes pour justifier son refus de servir ces femmes, notamment que ces dames étaient « énervées, qu’elles criaient et qu’elles étaient menaçantes ». Retour des archétypes sur les femmes racisées, des clichés que les femmes voilées de la BD de Ruffin valident elles-mêmes allégrement en s’esclaffant à gorge déployée (les femmes arabes comme elles sont bruyantes et malpolies !!) à coup de « Haha quand elle beugle Fatiha tout le monde le sait dans le quartier ». À noter que dans la définition Larousse du verbe beugler on retrouve : « Le verbe beugler (issu du latin buculus, « jeune taureau ») désigne principalement le cri prolongé des bovidés comme les vaches et les taureaux. Au sens figuré et familier, il signifie crier très fort, parler avec une voix forte et désagréable, ou hurler. »  Dans cette petite anecdote en somme toute innocente, notre cher Seigneur Ruffin, ne se contente pas de déshumaniser les femmes arabes. Il invisibilise les souffrances et le combat de chaque seconde des femmes musulmanes et des hommes musulmans en France contre l’islamophobie et le racisme. Son choix narratif est de mettre la lumière sur un évènement qui prétendument serait le fruit d’une sorte de paranoïa et d’hystérie collective d’un groupe de femmes arabes face à un pauvre patron désemparé, un choix narratif aux relents aussi misogynes que racistes. Non content de mettre en avant ce paradigme (« il n’y a pas de racisme, que de l’incompréhension »), Ruffin soutient qu’il suffit qu’un accusé de racisme prétende ne pas être raciste pour que tout rentre dans l’ordre, et que la perception de toute personne racisée se sentant agressée, humiliée ou rabaissée ne serait en fait que le fruit de sa propre imagination ou une sorte de projection injustifiée.  Calmez-vous un peu les arabes ! Au lieu de beugler comme des vaches, essayez de comprendre les autres autour de vous ! Vous êtes en train de fracturer la France avec vos fausses accusations de racisme ! À noter qu’il serait peut-être intéressant de demander à Ruffin son avis sur les dépôts de plaintes et les accusations de viol. Les réponses pourraient être surprenantes (ou pas).

« Les Afghans laissez-les partir en Angleterre ! »

Ruffin finit de mettre chacun d’accord sur son projet politique de futur président en s’illustrant par son absence TOTALE de réponse ou de réactions face à des propos absolument abjects tenus par un contrôleur (apparemment Ruffin a dû apprendre à les apprécier vu ses fréquents voyages en train qui l’empêchent d’écrire l’équivalent de Das Kapital de Marx). Dans une anecdote intitulée « Selfie », un contrôleur s’étant pris en photo avec Ruffin (et donc que Ruffin considère comme étant d’accord avec son projet politique) s’étale en long et en large sur plusieurs panels en faisant une sorte de classification des « étrangers » (on se demande comment il les reconnait d’ailleurs) et de si oui ou non :

  • « Ils sont comme nous » : les réfugiés syriens de classe moyenne font partie de cette catégorie.
  • Ils ne posent « pas de problème » : par exemple comme les femmes ukrainiennes (beaucoup à dire sur ce passage à la lumière de ce que les femmes ukrainiennes réfugiées de guerre subissent comme exploitation sexuelle et leur surreprésentation dans les réseaux de trafic d’êtres humains).
  • Ils « insultent les femmes et causent des conflits » : comme les Soudanais et les Afghans.

Le contrôleur finit ensuite par sortir une statistique, dont on se demande la source, selon laquelle les étrangers seraient à l’origine de 80 % de la fraude, mais qu’il ne faut quand même pas voter RN car cela ferait du mal aux ouvriers. Mais les gens commencent à s’impatienter quoi, puisque la gauche ne fait rien, c’est normal que de plus en plus de gens votent à l’extrême droite.

Face à ce discours, le personnage principal de Ruffin, donc Ruffin, censé porter son programme présidentiel dans cette BD, ne dit… Rien. C’est la réponse, indéniablement politique, de Ruffin au discours fasciste qu’il a décidé de propager. C’est-à-dire que Ruffin ne met pas en scène ce discours pour le critiquer ou y apporter de la nuance. Ruffin donne une plateforme à ce discours, le propage, le soutient. François Ruffin utilise les outils de propagande à sa disposition pour déplacer la fenêtre d’Overton dans la direction du discours fasciste de l’extrême droite. Merci à lui de montrer qu’immanquablement, l’idéalisme, c’est 5 minutes pour les juifs et 5 minutes pour Hitler.

Mouna – JDM

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2 Commentaires

  1. Jules Mondoloni

    Ruffi(a)n a depuis longtemps tombé le masque ( Son attitude envers l’Ukraine ! )
    D’un petit bourgeois ne peuvent émaner que des idées racistes et néolibérales sous couvert de social ( Ou sociétal ), comme le visage populiste affiché par l’extrême droite que les capitalistes impérialistes aux abois, ces exterminateurs, appellent toujours au secours !
    Anéantissons la bourgeoisie pour être en paix et vivre heureux !

    Réponse
  2. GHERARDI épouse LEONARD

    REFLEXION

    La culture désigne l’activité par laquelle l’homme développe ses facultés en s’instruisant et l’ensemble des traditions, techniques et institutionnelles qui caractérisent un groupe humain.
    Pour Kant Le beau est ce qui plaît universellement, sans concept ( 1790). Une œuvre belle, devrait se conformer pour plaire à tous , elle est ce qui rend possible l’expression du génie, qui ne procède d’aucune règle déterminée.

    Jean-Jacques Rousseau, affirme son caractère ambivalent en décelant au cœur même de l’idéologie des Lumières les causes du malheur de l’humanité : loin de libérer l’humanité, la civilisation risque de l’asservir.

    Les écrits philosophiques Marcus Tullius Cicéron homme politique héritier d’une triple tradition : sceptique, stoïcienne et platonicienne à une époque où le grec domine dans le monde intellectuel de Rome avant -60 JC. Il affirme comme Platon qu’il existe une vérité intangible et que la vertu est le fondement du bonheur.

    Aujourd’hui la culture prend un tour politique, autant du point de vue de sa substance que de la place à lui accorder dans l’espace public. Autour d’une une élite détentrice de la sagesse et de l’autorité comme nous le constatons chaque jour !

    Tocqueville 1839-1848 apparait comme un immense sociologue, ses ouvrages demeurent une inépuisable source de réflexions ; il siège à gauche mais entend conserver son indépendance ni le centre gauche de Thiers, ni la gauche dynastique, il devienne l’homme des grands rapports qui privilégient la RECHERCHE DU CONSENSUS AUX CHOIX IDEOLOGIQUES.
    Aujourd’hui ses ouvrages demeurent une inépuisable source de réflexions……….

    Le 27 juillet 1851, il écrit à Nassau Senior : « Il se peut qu’il arrive un moment tellement critique que je sois moi-même d’avis qu’il faut laisser le peuple violer la Constitution mais je laisserai faire cette triste besogne par d’autres. Je n’abattrai jamais de mes mains le drapeau de la loi dans mon pays. À son frère Édouard, rallié au régime et dont il dénonce l’immoralité, il écrit : « Tu étais partisan d’un coup d’État avant même que ce coup d’État eût lieu ». La rupture idéologique est complète : « Tu as passé le Rubicon.

    Alexis de Tocqueville voit en l’Amérique le modèle d’une démocratie moderne, marquée par l’égalité des conditions. Il admire ses institutions décentralisées qui protègent la liberté, mais critique le risque de « tyrannie de la majorité » et de l’individualisme.

    Observez, par exemple, ce qui s’est passé en Amérique depuis.

    La manipulation et à l’inondation du débat public par des sujets futiles, au point que les citoyens ne puissent plus distinguer l’essentiel du superflu.

    La culture, en érigeant de faux héros et des modèles corrompus jusqu’à ce que les véritables normes d’excellence s’effondrent.

    L’éducation, en préconisant le remplacement des études rigoureuses en mathématiques, en physique et en langues par des programmes centrés sur les griefs sociaux, la permissivité et le conditionnement idéologique. Les contenus sur l’identité de genre et la sexualité introduits auprès d’enfants du primaire.

    Les populations sont déracinées de leurs terres et urbanisées pour provoquer l’aliénation.

    En visant l’ordre public la délégitimation systématique de la police, de l’armée et des institutions judiciaires. Où des criminels sont souvent présentés avec sympathie.

    La famille comme principal moyen d’éliminer la loyauté des citoyens. Les campagnes remettant en cause l’autorité parentale en matière de décisions médicales concernant les enfants, les interventions chirurgicales et hormonales irréversibles pratiquées sur des mineurs au nom de l’identité de genre.

    Amplifier les tensions raciales, la haine et la division comme un problème a entretenir.

    Un conflit permanent entre les travailleurs et les institutions.

    Et nous.
    MARTINIQUE le 25 mai 2026.
    GHERARDI épouse LEONARD.

    Réponse

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