Par Gilliatt De Staërck, secrétaire général de l’OCF, le 15 janvier 2026
Mercredi 14 janvier, la motion de censure déposée par La France insoumise a été, sans surprise, rejetée. Jean-Luc Mélenchon s’en est ému, dénonçant une nouvelle fois les lâchetés parlementaires, les compromissions et la permanence d’un « bloc bourgeois » soudé autour de la macronie. Le diagnostic n’est pas faux. Mais il est incomplet. Car à force de désigner le marais, on oublie parfois d’expliquer pourquoi il ne s’assèche jamais.
Entre la macronie et LFI subsiste en effet un espace politique visqueux, instable, mais décisif : le Parti socialiste. Un PS vidé de sa substance populaire, rallié depuis longtemps aux traités européens, à l’euro-austérité et à la « construction européenne » telle qu’elle est. Un PS qui vote avec Macron quand il s’agit de l’essentiel, mais qui se drape dans l’opposition quand cela ne coûte rien. Un PS dont les sièges ne tomberont jamais dans l’escarcelle insoumise tant qu’il pourra continuer à cultiver l’ambiguïté.
Or cette ambiguïté a un nom : l’Union européenne.

Jean-Luc Mélenchon répète inlassablement qu’il faut « désobéir aux traités ». Soit. Mais chacun sait désormais que cette position, ménageant l’Union européenne intrinsèquement capitaliste et supranationale et imposant ses vues sur notre pays, permet surtout au PS de continuer à jouer sur deux tableaux : parler à gauche et voter à droite, invoquer le social tout en respectant scrupuleusement les dogmes européens.
La question n’est donc pas seulement programmatique. Elle est stratégique. Poser clairement la question de l’adhésion de la France à l’Union européenne — «on la change ou on la quitte» — n’est pas un simple positionnement idéologique. C’est un levier politique. Un moyen de forcer chacun à sortir du brouillard, de contraindre les faux opposants à choisir leur camp par et devant un peuple français qui, sondage après sondage, se montre majoritairement hostile à cette UE de l’austérité, de la guerre et de la soumission atlantiste.
Tant que cette question restera soigneusement contournée, le PS pourra continuer à exister, à tenir ses sièges à l’Assemblée nationale, à faire la pluie et le beau temps pour ou contre les motions de censure tout en jurant qu’il combat Macron. Tant que l’Europe restera un angle mort, les discours s’enchaîneront et le rapport de force restera inchangé.
La satire est cruelle mais simple : on ne vide pas un marais en décrivant sans cesse sa puanteur. On le draine. Et pour cela, il faut ouvrir la vanne de la question européenne.
Jean-Luc Mélenchon a le talent oratoire, l’audience populaire et la centralité politique pour poser cette question frontalement. S’il ne le fait pas, ce n’est pas le PS qui trahit une énième fois : c’est l’ambiguïté stratégique qui continue de protéger le système.
Car sans clarification sur l’Union européenne, les sièges socialistes ne seront jamais insoumis. Et les motions de censure resteront, semaine après semaine, de simples exercices rhétoriques dans un Parlement verrouillé par Bruxelles autant que par l’Élysée.
La question est donc posée, non à Jean-Luc Mélenchon seul, mais à toute la gauche : changer l’Union européenne ? Ou enfin avoir le courage de proposer d’en sortir ?
Le peuple, lui, a déjà commencé à répondre de toutes les manières possibles et imaginables. Il nous manque seulement de le rassembler en ce sens, en regroupant toutes ses expressions d’hostilité envers l’UE, de traverser le marais asséché et de faire fondre sur Macron et l’UE toute la force de conviction d’un peuple uni et déterminé à recouvrer sa liberté, son indépendance nationale et les conquêtes sociales et démocratiques de ses aïeuls.
Gilliatt de Staërck












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