
Des documents judiciaires ont révélé l’existence du « Project Panama », une opération lancée en 2024 par Anthropic, l’entreprise américaine à l’origine de l’intelligence artificielle Claude. Le projet consistait à acheter des millions de livres physiques, à les découper pour les scanner plus rapidement, puis à détruire les exemplaires papier afin de constituer une base de données destinée à l’entraînement des modèles d’IA.
Cette méthode, appelée « numérisation destructive », permet de réduire les coûts et d’accélérer la transformation des ouvrages en données exploitables. Des documents internes évoquent l’ambition de numériser de manière destructive une quantité massive de livres. L’objectif est de disposer d’un volume toujours plus important de textes humains pour améliorer les performances des modèles d’intelligence artificielle.
L’affaire intervient alors qu’Anthropic a conclu en 2026 un accord de règlement historique de 1,5 milliard de dollars avec des auteurs qui l’accusaient d’avoir utilisé des livres protégés par le droit d’auteur pour entraîner Claude. La procédure concernait notamment des ouvrages téléchargés depuis des bases pirates comme LibGen et PiLiMi, que l’entreprise devra détruire dans le cadre de l’accord.
Cette affaire illustre la course aux données engagée par les grandes entreprises de l’intelligence artificielle. Des œuvres issues de siècles de production culturelle deviennent une matière première stratégique pour des groupes privés cherchant à dominer un nouveau secteur technologique. Derrière les promesses d’un accès élargi au savoir, se pose la question de l’appropriation privée de connaissances produites collectivement.
La numérisation des livres aurait pu constituer un outil de préservation et de diffusion universelle des connaissances. Dans le modèle actuel dominé par les grandes entreprises technologiques, elle devient au contraire un instrument de concentration économique et de concurrence entre monopoles de l’IA.












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