Histoire, Mémoire et Culture

Enki Bilal sénile ou la nécessité d’un renouveau artistique marxiste et réellement progressiste

Enki Bilal sénile ou la nécessité d’un renouveau artistique marxiste et réellement progressiste

Enki Bilal n’est pas un inconnu dans la sphère culturelle française. C’est un grand auteur de bande dessinée, avec un travail particulier, comme Moebius, dans la science-fiction. On lui doit notamment la trilogie Nikopol, dystopie fasciste où des dieux égyptiens, au plus bas de leur condition, font leur chemin bon gré mal gré parmi les mortels. Une saga qui sera adaptée au cinéma par le même Bilal. Son style est fait de personnages sombres, naviguant dans des villes futuristes et sales, où les pouvoirs arbitraires font la loi. En bref, c’est un artiste qui a marqué plusieurs générations, et qui continue à les marquer par son activité. Dans un passé pas si lointain, il se disait encore de gauche.

Critique de Bye bye Africa

Critique de Bye bye Africa

Tous les pays d’Afrique souffrent de l’impérialisme, et le Tchad en particulier. Ancienne colonie française, ce pays formellement indépendant depuis 1960 demeure une place forte de l’impérialisme français, qui y déploie ses troupes et contrôle le pays par l’intermédiaire de despotes dociles à son égard et cruels envers le peuple tchadien, qui subit la guerre et la répression depuis des décennies.

 Les artistes tchadiens – et plus généralement africains – des années 90 vont chercher à restituer, à leur peuple respectif, la dignité qui permettrait à tous de relever la tête pour le bien du pays. Mahamat Saleh Haroun, réalisateur tchadien de Bye bye Africa (son premier film, sorti en 1998) disait : « […] je me sens avant tout profondément Africain. Mes films traitent du Tchad mais ils débordent toujours de ce cadre pour parler de toute l’Afrique. Dans les représentations qui sont faites de nous, j’ai parfois l’impression que l’on nous refuse l’humanité… Ce qui m’intéresse, c’est d’inscrire l’Afrique dans l’humanité. On a tellement été victimes de marginalisation que l’on a fini par en faire une culture, par nous inscrire nous-mêmes dans la marge. Et je le refuse. On ne peut pas faire bouger les choses en étant dans la marge. Il faut que celle-ci vienne au centre pour que sa parole soit entendue. »

Autour du cinéma palestinien

Autour du cinéma palestinien

Le cinéma palestinien a été accouché dans une grande souffrance. D’abord, il se cherche en produisant exclusivement des documentaires – puis vient en 1948 la Nakba et la création de l’Etat d’Israël, où plus de “805 000 palestiniens [furent] expulsés de leurs terres […], 25 000 hectares confisqués en Cisjordanie, 2 850 maisons démolies, [et] 150 000 oliviers et arbres fruitiers arrachés. Et c’est 20 ans après ce tragique événement (George Khleifi, frère du cinéaste Michel Khleifi, les appelle “période du silence”), soit en 1968, qu’on peut entendre le cinéma palestinien pousser son premier cri de révolutionnaire, qui ne sera pas le dernier.

Le gang des bois du temple [CRITIQUE]

Le gang des bois du temple [CRITIQUE]

Le gang des bois du temple marque le retour de Rabah Ameur-Zaïmeche sur les lieux qui l’ont introduit au cinéma en 2001 avec Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ? : dans les banlieues, là où il a grandi.

 Son premier film, il l’avait fait avec ses propres moyens, de la production en passant par le jeu, en évitant le « film de banlieue » conformiste, du genre de ceux qui se focalisent exclusivement sur la drogue, les roues arrière et les codes d’un virilisme nauséeux. RAZ voulait montrer d’autres aspects de la vie en banlieue, comme la solidarité et l’amour, des formes de relations humaines possibles et bien présentes dans les cités, mais qui sont sans cesse menacées par la perversité d’un système qui vise à mettre les prolétaires en concurrence.

Le Groupe Ukamau

Le Groupe Ukamau

Au tournant des années 70, en Bolivie, huit bourgeois assassinèrent seize Indiens innocents. Devant la Cour, ils plaidèrent en faveur de « raisons culturelles » qui les menèrent à considérer les Indiens comme des « animaux » ; « depuis toujours, ajoutent-ils, on fait la chasse aux Indiens dans nos régions »(1). Cette idée selon laquelle un bon Indien est un Indien mort était en fait partagée par tous les bourgeois boliviens sans gêne aucune. En effet, à quoi bon s’en inquiéter, eux qui vivaient dans un pays civilisé, placé sous la protection bienveillante et paternelle du gendarme étasunien (on appelle cette période fasciste « banzerato »(2)) et de ses diverses milices, comme les « Corps de la paix » – dont le but était de stériliser la paysannerie et le prolétariat local ?

L’art abstrait, ou l’émotion accessible à tous

L’art abstrait, ou l’émotion accessible à tous

Au XIXème siècle, naît en France la photographie, révolution technique de la représentation du monde. Le réel peut enfin être représenté fidèlement, sans intervention humaine, sans transformation, sans interprétation. La neutralité de l’objectif nous permit de momifier la réalité, de sauvegarder le vivant. Cependant, cette sauvegarde, cette charge de représenter le monde était, par le passé, donnée aux peintres et autres artistes. Or, ce n’était pas une copie du monde que représentaient les artistes, mais une interprétation du monde, un déchiffrement de l’énigme du vivant à travers la technique. De la même manière que tous les hommes s’inscrivent dans un mouvement humain historique, les œuvres et les représentations du monde sont ancrées dans une histoire de la pensée, et une histoire technique. Ainsi, les différentes figures bibliques n’ont jamais été représentées de la même manière, avec la même intensité, avec la même intention au cours de l’histoire. Si nous voulons déchiffrer, comprendre l’émotion, la beauté qui se cache entre deux tableaux sur la déposition de Croix de Jésus, il nous faut connaître l’époque, les symboles, la technique employée, etc.

Faire vivre la mémoire des luttes en Indonésie : rencontre avec des artistes indonésiens engagés

Faire vivre la mémoire des luttes en Indonésie : rencontre avec des artistes indonésiens engagés

A l’occasion de leur séjour en France, et à l’invitation de la camarade Ibarruri Sudharsono (que je remercie chaleureusement pour la traduction durant cet échange) de Solidarité Indonésie, j’ai pu rencontrer, avec quelques camarades, deux artistes engagés de ce pays d’Asie, à savoir Indra Porhas Siagian, réalisateur de documentaires, et Yayak Yatmaka, artiste multiforme très engagé dans les mouvements sociaux.

Retour sur Terre en transe de Glauber Rocha

Retour sur Terre en transe de Glauber Rocha

Terre en transe sort en salle au Brésil en 1967, soit trois ans après le coup d’Etat militaire fasciste supervisé par les Etats-Unis, qui aboutira en 1968 à l’adoption de l’Acte Institutionnel numéro 5, qui prévoit un renforcement extrême des forces répressives brésiliennes et un accroissement de la militarisation du pays. Le film est alors censuré. Mais il tient aujourd’hui, avec son réalisateur marxiste Glauber Rocha, une grande place dans la culture nationale.

Critique de Germinal

Critique de Germinal

D’après Truffaut, Berri n’était pas un « cinéphile », mais un cinéaste qui « [puisait uniquement] à la source », « à la vie elle-même », c’est-à-dire dans ses origines, là où son père, immigré juif polonais et fourreur, votait communiste. Si son passé occupe une place si importante dans son œuvre, les sujets qu’il traite ne sont jamais « démodés », en un sens, d’un point de vue politique : un an après Maastricht, Germinal (1993), adapté du roman éponyme d’Émile Zola, ramène sur le devant de la scène des questions de lutte des classes : qu’est-ce qui a changé, entre cette époque si lointaine (XIXème siècle), et maintenant ? Comment la classe ouvrière va-t-elle subir les effets du traité de Maastricht ?

Critique d’une palme d’or : Anatomie d’une chute

Critique d’une palme d’or : Anatomie d’une chute

Le synopsis : Daniel, un garçon de 11 ans, est atteint de malvoyance. Alors qu’il revient d’une promenade avec son chien guide, il aperçoit le corps de son père, immobile dans la neige. Tout semble indiquer qu’il serait tombé de la fenêtre du grenier, et que cette chute aurait entraîné sa mort. Accident ? Suicide ? Très vite, les soupçons des enquêteurs se portent sur Sandra, épouse du défunt et mère de Daniel. En l’absence de témoin, la justice doit se pencher sur la vie du couple.

Scarface : une tragedie grecque

Scarface : une tragedie grecque

Le sous-collectif contre-culture ne pouvait décemment s’épargner l’analyse d’un film aussi influent dans l’imaginaire de la jeunesse populaire. En effet, il est frappant de constater que, près de quarante ans après sa sortie (1984), les rappeurs contemporains y font référence de façon récurrente dans leurs morceaux. La cause principale réside sans doute dans un processus d’identification : le protagoniste, Tony Montana, incarne la figure de l’immigré parti de rien et qui a réussi (au sens bourgeois du mot « réussite », c’est-à-dire l’accumulation du capital).

POEME DE LA RESISTANCE PATRIOTIQUE ET ANTIFASCISTE

POEME DE LA RESISTANCE PATRIOTIQUE ET ANTIFASCISTE

Un des objectifs que se fixe le sous-collectif contre-culture, rattaché au collectif médias et propagande, c’est celui de promouvoir la langue française, ainsi que sa littérature de combat, auprès de la jeunesse populaire. C’est pourquoi il nous a paru important de présenter à nos lecteurs un poème dont le propos constitue clairement un appel à la lutte pour l’indépendance nationale et l’émancipation sociale.

L’honneur et l’argent : l’amour à l’épreuve des relations de classe

L’honneur et l’argent : l’amour à l’épreuve des relations de classe

Constantin Theotokis est un auteur grec proche du naturalisme, né en 1872 avant de mourir en 1923. Son livre L’honneur et l’argent a été publié pour la première fois en 1914 ; il fait seulement quelques centaines de pages. Theotokis, bien qu’inconnu chez nous, est relativement célèbre en Grèce.

Les colons : est-il possible de faire nation entre oppresseurs et opprimés

Les colons : est-il possible de faire nation entre oppresseurs et opprimés

Présenté cette année au festival de Cannes sous le label « Un certain regard », puis au Festival international du film de La Rochelle en présence de son réalisateur, le long-métrage chilien Les colons de Felipe Galvez Haberle devrait sortir d’ici peu de temps dans nos salles obscures. L’auteur de ces lignes a pu découvrir dernièrement ce film pour en apporter la critique, tout en se gardant d’en dévoiler la fin afin de ne pas gâcher le plaisir du spectateur. 

Desacraliser l’Ancien Testament : à propos de Caïn de José Saramago

Desacraliser l’Ancien Testament : à propos de Caïn de José Saramago

Jose Saramago, écrivain et journaliste portugais, est à ce jour le seul prix Nobel de littérature en langue portugaise. Né en 1922 et mort en 2010, Caïn (2009) est son dernier livre publié de son vivant. L’histoire suit Caïn, le premier assassin de l’Histoire qui, après un accord avec Dieu car ce dernier partage la responsabilité de la mort de son frère Abel, va errer à travers le temps et l’espace, en étant de plus en plus désillusionné sur le divin et la grande cruauté dont il fait preuve.

Histoire : qu’est-ce que le Proletkult ?

Histoire : qu’est-ce que le Proletkult ?

Le Proletkult a été créé en septembre 1917, donc avant la révolution d’Octobre. Il s’agissait d’une structure autonome et parallèle au Parti bolchévique, tout en étant encadrée par des militants communistes. A son apogée en 1920, il revendiquait 400 000 membres, répartis en 300 sections locales. Le Proletkult éditait une quarantaine de journaux et de revues. Il possédait aussi différents studios dont le dernier sera supprimé en 1932.

Soy Cuba : un destin injuste pour une œuvre révolutionnaire

Soy Cuba : un destin injuste pour une œuvre révolutionnaire

Le parcours de Soy Cuba est étrange : censé montrer la lutte du peuple cubain contre Batista et l’impérialisme américain, il fut retiré des circuits par aussi bien les soviétiques que les cubains, avant d’être redécouvert… grâce à des américains !

[CRITIQUE] Un moment sans retour de Raymond Macherel

[CRITIQUE] Un moment sans retour de Raymond Macherel

A priori je n’aurais pas dû voir ce film. Je dis a priori, car il n’a été diffusé par quasiment aucune salle… Une seule dans toute l’Île-de-France a bien voulu le mettre à l’affiche. Produit avec seulement 25 000 euros de budget (via un financement participatif), soit quasiment l’équivalent d’une baguette au supermarché par rapport au budget moyen d’un documentaire, Un moment sans retour de Raymond Macherel suit sur une période de 2 mois (décembre 2018 à février 2019) le groupe gilets jaunes des Lapins jaunes de Rennes, notamment dans le local abandonné qu’ils ont récupéré et nommé la Maison du peuple.